Le vent lugubre du protectionnisme souffle sur la Suisse

Un vent de protectionnisme souffle. Un de ces vents froids, secs. Il n’a pas l’air bien méchant, il porte pourtant la désolation et vous fiche un sacré rhume qui vous cloue au lit. Ça a commencé par ces votations successives pour boucler les frontières. Pour cause d’huile de palme ou pour empêcher les réfugiés syriens d’arriver jusqu’à nos portes. Et puis maintenant, ceux qui prônaient hier l’internationale socialiste se vantent ouvertement d’être «protectionnistes» quand ils se proposent de diriger leur parti.

Le vent souffle aussi à Berne. Mû par le genre de patriotisme économique qui vaut à la France ce succès éclatant qu’on lui connaît, le parlement veut bloquer les investissements chinois en Suisse. Les contingenter. Par méfiance, avec une pointe de racisme aussi. Sans savoir – ou faisant semblant de l’ignorer – que celui qui rachète les entreprises de l’autre, c’est surtout la Suisse. On se venge comme on peut du coronavirus.

La Commission de l’économie vous protège

Le Conseil fédéral voulait aussi supprimer les droits de douane des produits industriels. Favorable aux entreprises et aux consommateurs, le projet n’est combattu que par les syndicats des douaniers et quelques enragés de la décroissance. Eh bien, malgré cette quasi-unanimité, c’est non. Au nom d’un intérêt public invraisemblable, la Commission de l’économie vous protège. Et s’assurera que vous payerez votre dû sur chaque boulon qui franchira la frontière. Il faut bien sauver les gens d’eux-mêmes.

L’embargo est un acte de guerre que le droit international prohibe, en principe. Avant le tapis de bombes, on essaie d’asphyxier son adversaire en lui interdisant de commercer. On ne le souhaite en principe à personne. Ce sont des méthodes réservées pour les régimes d’affreux tyrans. Et pourtant. Le protectionnisme, c’est la même chose, mais on se le fait à soi-même. Curieusement, ses partisans sont persuadés que ce qui tue votre ennemi vous rendra plus fort quand vous l’appliquerez à vous-même, à vos concitoyens. Allez comprendre.