L'overdose législative est proche

Publié dans le Temps du 13 février 2018.
Avec 286 nouveaux textes législatifs entrés en force, la Suisse se retrouve, comme chaque premier de l’an, sonnée par une nouvelle couche de lois. Cette masse en augmentation continue devrait nous faire réagir face à une surrèglementation inutile et nuisible de la société.
Réjouissez-vous, la campagne des élections fédérales va bientôt recommencer. Les candidats vous promettront monts et merveilles pour lutter contre tout et n’importe quoi. Le pire, c’est qu’ils tiendront certainement leurs promesses. Quand on siège dans un législatif, on produit des textes de loi. Toujours plus. Jusqu’à la nausée.
L’année dernière, votre Parlement a beaucoup travaillé. En votes, ça fait 522. Alors forcément, on aboutit à quelque chose. Le 1er janvier, sont entrés en vigueur 286 nouvelles loi, révisions d’ordonnances et autres textes législatifs. Le tout à digérer le premier de l’an, contre 70 abrogations. Et je ne vous parle pas des cantons. Un moyen de retrouver la Suisse un peu plus ” propre en ordre ” que celle que l’on avait laissé s’endormir la veille dans les cadavres de champagne du réveillon.
Il y a à boire et à manger dans ces nouvelles lois. On y expose comment vendre correctement son chien sur Anibis et la bonne manière de cuisiner le homard. Les formations des mouleurs de fonderie et des bottiers-orthopédistes sont corrigées. On aura introduit quelques registres et numéros d’identification. Sans parler de la grande réforme du Tarmed qui agace tellement les médecins.
On n’arrête pas le progrès. En tout cas celui de la masse informe et législative. Les milliers de pages de règles qui sont entrées en force contrastent un peu avec le romantisme du compte à rebours du 31 décembre, à la fin duquel on espère tous un monde un peu meilleur. Avec du recul, on peut se demander comment on a pu survivre tout 2017 sans toutes ces nouvelles règles essentielles.
Pour nous rassurer, on peut toujours se dire que l’on n’est pas les pires. Au moment où j’écris ces lignes, notre voisin français planche sur une loi pour interdire les ” fake news ” et une autre pour réglementer les abus de soldes dans les grands magasins.
L’inflation législative ne fait pas honneur au parlement. Elle donne l’illusion du travail bien fait, à la faveur d’un travail trop fait. Et malgré les multiples motions pour freiner cette explosion, les Chambres et l’administration restent accros aux réglementations, malades d’une forme poussée de législatite. Un sevrage s’impose.