JO : le Valais qui ose, le Valais qui tremble

Philippe Nantermod

Philippe Nantermod

JO : le Valais qui ose, le Valais qui tremble

Publié dans le Temps du 7 mai 2018.
Jeux olympiques, les sceptiques jugent le projet trop. Trop coûteux. Trop grand. Trop polluant. L’esprit de la fête olympique viendra peut-être après la votation. Ce manque d’enthousiasme ne ressemble pas aux Valaisannes et aux Valaisans.
Avec les JO, le Valais tourne ascète. D’ordinaire prompts à céder à tous les excès de la vie, beaucoup de mes compatriotes doutent. De la fête, du sport, de l’olympisme grandiose et dépensier. Nous voilà devenus chantres de la retenue, tétanisés par les apéros non budgétisés et les cérémonies d’ouverture trop arrosées.
Que nous est-il arrivé ? Je me souviens de ce samedi de juin 1999, quand tout le canton partageait une grande gueule de bois sur la place de la Planta. A pleurer le grand raout sportif que nous avaient volé les Italiens. On avait aucune idée du prix de la bagatelle. On était prêts à construire des patinoires grandioses dans un village sur deux. On allait gaiement à la ruine financière, avec un certain panache. Et on promettait de revenir.
Ce n’est pas tellement que l’on est devenus économes. Les milliards sont toujours dépensés, mais pour consolider le Rhône et offrir des soins palliatifs aux caisses de pension. Le goût du risque, on préfère le laisser aux autres.
Deux semaines de fête, trente ans de dette. C’est avec ce slogan que les sceptiques abordent le sujet. On se dit incapables d’organiser correctement les jeux, de tenir un budget et de ne pas sombrer dans le gigantisme.
D’ailleurs, des jeux eux-mêmes, on n’en parle pas tant. ” Chez ces gens-là, on n’cause pas, on compte “, disait Brel. C’est vrai. On compte. Tout. Les litres d’essence, les casquettes, les milliards, les policiers en uniforme, les ” tours de cou “, les kilomètres de bouchon et les pages du livre de Constantin. La flamme a fait place à la calculette.
Il y a une certaine folie, une certaine irrationalité à chercher à organiser des jeux olympiques à Sion, dans la foulée de Sotchi ou de Pékin. Faut-il laisser le milliard fédéral pour un autre projet, probablement alémanique ? Se plaindre du réchauffement climatique et espérer que les touristes reviendront, par magie et sans la fête ?
Tentons le coup. Risquer de gagner ou d’échouer. De s’endetter comme une caisse de pension publique ou une compagnie aérienne. Ou de faire quelque chose de bien. Comme on sait le faire en Suisse. Comme on a réussi Expo.02, l’Euro 2004 et les festivités du bicentenaire. Se redécouvrir un peu épicuriens, excessifs, festifs et sympathiques. Décrocher nos jeux olympiques et les réussir. Et au diable l’avarice.

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