Laissez-moi passer, je suis docteur

Philippe Nantermod

Philippe Nantermod

Laissez-moi passer, je suis docteur

Cette semaine, deux Confédérés ont été nobélisés. Du coup, on se sent tous un peu plus malins, on a l’impression d’avoir soi-même découvert des exoplanètes. Mais l’inverse est aussi vrai, quand les spécialistes d’un domaine particulier deviennent des experts de tous les autres.

Il existerait une «maladie du Nobel» qui se manifeste par l’incapacité des lauréats affectés à poursuivre une carrière scientifique aussi brillante qu’auparavant. En résumé, l’aura de la distinction suédoise est si grande que ses bénéficiaires ne se sentent littéralement plus aller et se mettent à pérorer sur n’importe quel sujet, bien au-delà de leur domaine de compétences.

Une ânerie rapportée par un Prix Nobel sera toujours plus crédible qu’une évidence proférée par un imbécile. D’ailleurs, ne suffit-il pas d’inscrire «Albert Einstein» en dessous de n’importe quelle plate banalité pour qu’elle en devienne une vérité humaniste indiscutable?

Biais d’autorité type, chaque semaine, on peut lire les «appels des scientifiques» à faire toutes sortes de choses. Il y a eu l’appel des chercheurs à la grève climatique . Ou ces plus de 15 000 scientifiques qui nous ont alarmés sur l’état de la planète. A priori, si la science le dit, c’est que c’est vrai. On est tenté de s’arrêter au titre et au chiffre, sans lire la suite. Et justement, ce sont les titres qui m’intéressent. Qui sont ces scientifiques?

Vraiment mieux qu’un mécano?

On y trouve pêle-mêle des juristes, des médecins, des éthiciens, des sociologues, des théologiens ou des politologues. Des statuts respectables, mais dont l’autorité en matière de réchauffement climatique ne dépasse pas celle d’un ramoneur ou d’un mécanicien sur chasse-neige. Reconnaissez toutefois que «l’appel de 15 000 mécanos contre le réchauffement climatique», ça le fait moins, à tort. D’ailleurs, fort de mon doctorat en droit, ma légitimité à revendiquer des opinions scientifiques pourrait aussi m’être reconnue. Laissez-moi passer, je suis docteur.

La semaine dernière, ce monde universitaire qui hurle légitimement lorsque le politique se mêle de ses recherches signait un prétentieux appel à destituer un ministre qui ne leur plaisait pas. Trop à droite, trop libéral, pas assez altermondialiste. Et la presse en a fait largement l’écho. Mais en démocratie, la seule autorité qui vaille est celle de la majorité. Et c’est par 145 voix contre 82 qu’elle a rappelé ce bon vieux principe: one man, one vote.

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