30 000 jeunes à l'aide sociale, on fait quoi?

Philippe Nantermod

Philippe Nantermod

30 000 jeunes à l'aide sociale, on fait quoi?

44% des bénéficiaires de l’aide sociale ont moins de 25 ans. Le professeur bernois Robert Fluder, auteur de l’étude qui dévoile ce chiffre inquiétant, explique ce résultat par le phénomène du «cooling out», soit le fait de se mettre au frais. En d’autres termes, le problème vient de jeunes qui, à un moment ou à un autre, décrochent de l’école obligatoire ou de leur formation professionnelle pour bénéficier des diverses mesures d’intégration et autres plans sociaux (semestres de motivation, chômage, etc.). Curieusement, de nombreux jeunes citoyens ont l’air de préférer l’assistanat au travail, avec toutes les conséquences négatives que cela comporte.
Comment atterrit-on à l’aide sociale quand on a 18 ans? Selon l’étude précitée, l’absence de formation explique l’essentiel des problèmes. Notre Etat offre pourtant un panel de formations publiques de qualité et de plus en plus large. Des HES aux EPF en passant par les EDD, ou les CFC, les acronymes désignant des filières publiques se bousculent. On serait en droit de penser que les jeunes de 2011 ont moins de problèmes de formation que les générations précédentes. Et pourtant, non. En Suisse, 30 000 jeunes de moins de 25 ans touchent l’aide sociale. Parmi ces jeunes, un tiers n’a carrément aucune activité et n’est pourtant pas à la recherche d’un emploi. A 20 ans, ça promet!
A mon avis, le problème principal réside dans notre conception de l’intégration.
Trop souvent, nos oeuvres sociales considèrent que la société doit intégrer le jeune qui a décroché. Je n’y crois pas. S’intégrer est avant tout l’effort de l’individu qui veut faire partie d’une société. Comme l’étranger doit faire des efforts d’insertion, le jeune pudiquement déclaré «en rupture» est responsable de son destin et doit être appelé à faire le premier pas, à faire preuve d’efforts dans le processus d’intégration. Sans nier l’utilité des mesures publiques, il s’agit de fixer l’ordre de priorités.
En mars, le Grand Conseil débattra de la nouvelle Loi sur l’aide sociale et l’intégration et, à cette occasion, décidera du sort à donner à ma proposition en la matière. Pour mémoire, j’ai déposé une initiative parlementaire réclamant que toute personne en âge de travailler, apte au travail et sans enfant à charge soit astreinte, dès le premier jours d’aide sociale, à travailler au service de la collectivité. Un petit boulot, à plein temps, pendant un mois, pour réapprendre les valeurs du travail, retrouver l’habitude de se lever le matin, d’obéir à une hiérarchie ou de travailler en équipe.
Là où la mesure a été expérimentée, elle s’est avérée si efficace que presque tous les cantons alémaniques s’y mettent.
Pas de prestation publique sans contreprestation équivalente, c’est valoriser l’effort et redonner un sens au mérite.
L’Etat l’a trop souvent oublié, il n’est pas trop tard pour y remédier.
Publié dans le Nouvelliste, le 17 février 2011

Commentaires

  1. Bonjour,
    Bien que votre article date de quelques mois déjà, je me permets de vous faire quelques remarques.
    Sans aborder l’aspect politique de votre initiative et du futur projet qui en résultera, je voulais revenir sur quelques unes de vos assertions. Après une lecture rapide du rapport dirigé par le Professeur Fluder, je me suis étonné de certains décalages entre vos propos et ceux des auteurs du rapport.
    Il y a tout d’abord l’utilisation du concept de « cooling out ». Je n’ai pas trouvé trace de ce concept dans ledit rapport. Dès lors, il me semble difficile voire incorrect d’en déduire, et sur la base de ce rapport uniquement, que l’ensemble de ce phénomène s’expliquerait par l’envie de ces jeunes de « se mettre au frais ». Il y a certainement une analyse plus subtile à mener, en montrant notamment l’influence de certains facteurs structurels sur le fait d’être à l’aide sociale lorsque l’on a moins de 25 ans.
    De la même manière, il est tout aussi incorrect d’affirmer que ces jeunes « décrochent de leur scolarité obligatoire ou de leur formation professionnelle pour bénéficier des diverses mesures d’intégration et autres plans sociaux (semestres de motivation, chômage, etc.). Curieusement, de nombreux jeunes citoyens ont l’air de préférer l’assistanat au travail, avec toutes les conséquences négatives que cela comporte. » Contrairement à ce que vous semblez dire, rien dans ce rapport ne permet de nourrir de telles allégations. Cela relève selon moi plus du procès d’intention que d’une preuve scientifique.
    Enfin, je m’étonne également des chiffres que vous mettez en avant. Selon votre interprétation des données statistiques, « 30 000 jeunes de moins de 25 ans touchent l’aide sociale. Parmi ces jeunes, un tiers n’a carrément aucune activité et n’est pourtant pas à la recherche d’un emploi. » Là encore, les données fournies par l’équipe du Professeur Fluder ne disent pas tout à fait la même chose. Sur ces 30’000 jeunes bénéficiant de l’aide sociale, seulement 20% sont professionnellement inactifs, c’est-à-dire qui ne travaillent pas et ne cherchent pas d’emploi pour d’autres motifs que la formation. Et parmi ce 20%, 8% ne travaillent pas et ne cherchent pas d’emploi, 6% sont inactifs pour raison de santé, 5% pour des raisons familiales et enfin 1% n’ont aucune chance sur le marché du travail. La catégorie de jeunes que vous stigmatisez est donc loin de représenter le tiers des 30’000 jeunes de moins de 25 ans touchant l’aide sociale. A moins que ma lecture fut trop rapide, on est en effet plus proche dans ce cas de 8% que de 30% .
    Ceci étant, toutes ces remarques n’enlèvent en rien la pertinence de votre initiative. Je pense aussi qu’il est important d’encourager ces jeunes à intégrer le marché du travail, tant pour eux que pour l’avenir de notre société. Mais les mots et les arguments que vous utilisez participent à la stigmatisation de l’écrasante majorité de ces jeunes pour qui, j’en suis persuadé, le fait de retrouver la « normalité » constitue certainement un objectif prioritaire. Et je terminerai en disant qu’il y a une certaine violence symbolique dans le fait d’attribuer la non-intégration dans le marché du travail à un simple manque de responsabilité individuelle.
    En saluant vos efforts pour proposer des solutions aux problèmes de notre canton,
    Bien à vous

  2. Bonjour,
    Le problème évoqué semble réel et inquiétant. Pourtant, parler de la seule responsabilité individuelle face à ce phénomène m’inquiète tout autant.
    Certainement, il y a des abus dans le tas et il faut lutter contre ces derniers.
    Cependant, des personnes décrochent parce qu’elles n’ont pas été soutenues durant leur scolarité (parents absents ou incapables d’apporter un appui) ou parce que le système scolaire (qui est de qualité, mais qui n’est pas toujours capable de prendre en charge des cas particuliers – par exemple enfants hyoeractifs) ne convient pas à certaines personnes.
    Dans ces cas, la société doit aider les jeunes en marge à trouver leur place. Elle a tout à y gagner. Les jeunes seront intégrés et ne seront plus pris en charge par les collectivités.
    C’est aussi une question de responsabilité, mais cette fois une responsabilité qui concerne l’ensemble de la société.


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