Qu’ils sont romantiques, ces trains de nuit…

Philippe Nantermod

Philippe Nantermod

Qu’ils sont romantiques, ces trains de nuit…

La soudaine passion qui a saisi les politiciens européens est invraisemblable. Sans s’opposer au retour des couchettes, on peut se demander si l’argent du contribuable est bien utilisé lorsqu’il sert à recréer une offre là où elle ne trouve pas de demande, pour un coup marketing douteux.

Peut-on s’opposer aux trains de nuit? C’est vraiment une question idiote, me direz-vous. Les trains de nuit sont sympathiques. Ils rappellent à beaucoup de lecteurs des voyages de classe turbulents, peut-être arrosés. Je me rappelle de longues tirées jusqu’à Minsk ou à Saint-Pétersbourg. Certains se reconnaîtront. A une époque où l’on veut prendre moins l’air et plus le fer, ça n’aurait aucun sens d’être «contre» les trains de nuit.

D’ailleurs, tout le monde y est favorable. Tapez «train de nuit» sur le site du parlement, on vous déversera des centaines d’interventions parlementaires lyriques, dégoulinantes de bonnes intentions, exigeant du Conseil fédéral de déposer séance tenante toutes ses affaires pour conduire à toute allure des trains à travers la nuit européenne.

Je caricature à peine. En France, on peut voir une vidéo désopilante où Jean Castex troque la casquette du chef du gouvernement contre celle du chef du train pour annoncer aux passagers, fier comme un pou, la réouverture de la ligne de nuit Paris-Nice. Douze heures à partager les ronflements du premier ministre, le charme inégalable de la SNCF:

Au XIXe siècle, Napoléon III inaugurait le canal de Suez. Au XXe, c’est Mitterrand qui inaugurait le tunnel sous la Manche. Aujourd’hui, le premier ministre fanfaronne de ressortir de leurs entrepôts les wagons-lits. Demain, ce sera peut-être le retour de la diligence, qui sait?

Non que les trains de nuit soient devenus indignes à nos yeux, mais admettons tout de même que si des lignes ont été interrompues, ce n’est pas en raison d’une trop forte fréquentation. Et si les compagnies ferroviaires ne sont pas toutes pilotées par des imbéciles réfractaires au succès, si les trains de nuit répondent vraiment à la demande tant vantée par les pétitionnaires de tous horizons, l’offre ne tardera pas à revenir. Personne ne l’interdit, personne ne s’y oppose.

S’il le fallait, je prendrais le pari que ce grand retour du train de nuit restera un coup marketing, un peu ridicule. Paris-Nice, c’est à peine cinq heures en TGV. Si le vintage est tendance sur Instagram, les gouvernements n’ont pas forcément à s’engager pour les grands bonds en arrière romantiques, au nom d’une sobriété écologique qui n’a certainement pas apporté la preuve de son efficacité.

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