La Poste, cette grande incomprise

Philippe Nantermod

Philippe Nantermod

La Poste, cette grande incomprise

Publié dans le Temps du 26 mars 2018.
Les stratégies de la Poste sont critiquées de toutes parts. On aimerait qu’elle maintienne un office dans chaque hameau alors que le service a été profondément bouleversé par Internet. Elle ne fait que répondre aux défis de 2018, plutôt qu’à ceux de 1980.
Lorsque j’étais député, le Grand Conseil valaisan s’excitait pendant des heures à médire du Loup. A Berne, c’est presque la même chose, la Poste remplace le canidé. Elle est la grande mal-aimée. Elle ferme des offices. Elle vend du chocolat et des bouquins. Elle tient des horaires impossibles. Elle est l’image d’une société qui va vau-l’eau et l’affaire CarPostal a encore donné du grain à moudre aux nostalgiques des PTT.
Moi je l’admire, la Poste. Sans ironie. En l’espace de deux décennies, son activité a été laminée par Internet. Rien qu’en 2017, le nombre de lettres a reculé de plus de 4%. Les journaux papiers suivent la même tendance. Et malgré cela, elle a réussi un tour de force que peu d’ex-régies fédérales seraient capables d’affronter : développer ses affaires, continuer à desservir tout le pays jusque dans les fonds de vallées et accroître son bénéfice. Tout cela sans augmenter le prix des timbres. Chapeau l’artiste.
Des agences ferment et d’autres se développent. Le géant jaune se met à la page de la société du e-banking, de l’email, de Zalando et du Shop. La Poste n’a pas lancé le mouvement, elle s’adapte à ses clients, nous. Comme les guichets des gares disparaissent pour le ticket électronique et les cabines téléphoniques sont recyclées en œuvres d’art. Comme le pompiste a disparu des stations-services.
La Poste endosse malgré elle le rôle d’exutoire de nos regrets d’une époque fantasmée. On aimerait qu’elle maintienne de petites agences bucoliques et un facteur qui s’arrête prendre le thé. Mais les offices ne sont pas des bistrots et les facteurs des assistants sociaux. Dans mon village, l’agence a été remplacée par le comptoir d’un petit magasin accessible sept jours sur sept. Paradoxalement, ma Poste n’a jamais été aussi ouverte que depuis qu’on l’a fermée. Il n’y a pas de démantèlement du service. Seulement son adaptation au public.
Voici ma lettre d’amour à l’ex-régie fédérale qui, bon an, mal an, assure le job dans le contexte difficile imposé par les habitants de notre pays, personne d’autre. Et quand bien même il est populaire de lui tirer dessus, rappelons-nous que ce n’est pas la Poste qui change. C’est nous.

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