Soins infirmiers: les applaudissements dans la Constitution?

Philippe Nantermod

Philippe Nantermod

Soins infirmiers: les applaudissements dans la Constitution?

Difficile de s’engager contre l’initiative sur ce sujet. Chacun reconnaît les difficultés d’une profession qui a besoin d’un appui nouveau. Mais à bien y réfléchir, on peut douter qu’un oui le 28 novembre apporte davantage que des remerciements réitérés.

Une initiative soutenue par quatre personnes sur cinq, c’est assez exceptionnel. Les infirmiers peuvent se dire heureux: la population les entend et votera oui les yeux fermés. C’est en tout cas ce qui semble sortir des premiers sondages en vue des votations de novembre.

Dans l’euphorie de ces annonces, le Syndicat des services publics (SSP) a exposé ses demandes. Tellement irréalistes qu’on a de la peine à dire si elles reflètent plus de candeur que d’arrogance. Parmi ces exigences, citons la semaine de 36 heures payée à 110%, la retraite complète à 60 ans, ou le «libre choix des postes et des fonctions» par les employés.

Ce n’est là qu’une partie de revendications invraisemblables et sans rapport avec la réalité du monde du travail en Suisse. L’initiative très populaire introduit dans l’ordre juridique suisse un ovni jusqu’ici refusé par le souverain. Sans contester la légitimité du combat syndical, celui-ci aboutit traditionnellement par la négociation entre les partenaires sociaux.

Digne de l’époque Martine Aubry…

Avec l’initiative sur les soins, employés et employeurs se retrouvent sur le banc de touche, marginalisés. C’est le politique qui, demain, devrait définir les salaires et les conditions de travail. Et par-dessus le marché, le monde politique fédéral, lui qui n’exploite aucun hôpital, ne planifie pas la santé en Suisse et n’emploie pas d’infirmiers. Le système de santé est peut-être un capharnaüm incompréhensible, on a encore réussi jusqu’ici à distinguer les compétences fédérales des tâches cantonales. Pour combien de temps?

On peut se demander si les initiants espèrent vraiment obtenir gain de cause. Non avec l’initiative, mais avec leurs revendications farfelues dignes de la France de Martine Aubry. Ou s’il s’agit de promesses en l’air, évoquées dans l’allégresse d’une campagne où, la victoire étant à portée de main, l’on rase gratis et l’on raconte n’importe quoi. Pourquoi se priver, d’ailleurs?

Réveil difficile en prévision

Le réveil sera malheureusement difficile pour tout le personnel des soins, auquel les syndicats et leurs revendications irréalistes donnent de faux espoirs. Les deux dernières initiatives sur la santé (médecine de famille et médecines complémentaires) ont été acceptées par le peuple, contre l’avis du Conseil fédéral, avec des arguments similaires, des bons sentiments. Et elles se sont ensuite heurtées au même principe de réalité: inscrites dans la Constitution, ces textes grandiloquents ont accouché de souris et n’ont permis aucune avancée majeure pour les personnes qui les ont portés.

Le parlement s’est engagé dans un autre processus. Celui d’un contre-projet. Peut-être moins open bar, il libère néanmoins 1 milliard de francs pour la formation et une forte autonomisation du personnel. Des améliorations concrètes et immédiates en cas de rejet de l’initiative. A l’inverse, l’initiative rajouterait une couche de poésie législative, sans rien de concret avant des années, et peut-être pour toujours. Une forme d’applaudissements supplémentaires, ceux-là mêmes que l’on dit ne pas suffire.

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