« Tanz dich Frei !» : Il ne faut pas se tromper de cible

Philippe Nantermod

Philippe Nantermod

« Tanz dich Frei !» : Il ne faut pas se tromper de cible

Publié dans le Temps, le 29 mai 2013.
Facebook est-il responsable ? La question est sur toutes les lèvres depuis que le site Internet a servi de plateforme d’appel à la manifestation illégale en ville de Berne, avec les résultats inacceptables que l’on connaît.
Tirer sur le réseau social est de bonne guerre. Le code pénal suisse prévoit déjà à son article 28 une punissabilité des médias dite en cascade, soit subsidiaire, lorsqu’ils ont servi à commettre un acte délictuel (en l’espèce l’instigation à l’émeute ou du moins à la violation du règlement municipal sur les manifestations) et que l’auteur ne peut être découvert ou traduit en justice en Suisse. Je suis évidemment d’avis que le format du média importe peu et assimiler un site internet comme Facebook à une publication traditionnelle est parfaitement défendable.
Il s’impose néanmoins de garder à l’esprit que ce n’est pas Mark Zuckerberg, le créateur multimilliardaire de la start-up américaine, qui s’est mis en tête de charger la police bernoise à coup de feux d’artifice, mais bien une bande de petites frappes idéologisées en mal de sensations fortes.
Des événements similaires à ceux qu’a connu la ville de Berne, la Suisse et le monde en ont connu des centaines ces dernières décennies. En 1999, soit bien avant l’apparition des réseaux sociaux, on se rappelle de la bande de voyous qui mettaient Seattle à feu et à sang en marge du sommet de l’OMC. Depuis, les 1ers mai, G8, matchs de football et autres forums de Davos constituent l’occasion traditionnelle pour des désaxés de saccager l’espace public et la propriété privée, au nom de valeurs politiques délétères, qui associent l’usage de la violence à la fin qu’ils poursuivent, la remise en cause complète la plus radicale de l’ordre établi. Autant dire que la qualité de cette idéologie est à l’image des rues dévastées laissées par les casseurs aux lendemains de leurs expéditions nocturnes.
Facebook a bon dos. Tirer sur le messager est trop facile. La ville de Berne n’a pas pris la peine d’interdire ladite manifestation, malgré les appels lancés sur Internet. Les pleutres qui ont appelé au rassemblement de samedi soir n’ont même pas osé agir à visage découvert. A lire les pancartes brandies dans les défilés décrits sans ironie comme « pacifiques », on reconnaît la patte grossière de certains milieux autoproclamés alternatifs qui rejettent avec ardeur la société capitaliste, du moins tant qu’elle ne les abreuve pas de subventions et autres aides publiques à la culture.
De même, la volonté des acteurs de la manifestation, le lendemain des heurts, à condamner les débordements ayant eu lieu en marge de la manifestation sont inacceptables. L’anonymat permis par Internet rend les abuseurs de cet anonymat à l’avance responsables de tous les dégâts causés par leurs suiveurs.
Que certains s’affirment fièrement marginaux n’a rien de condamnable a priori. Mais la décence impose aux autorités de cesser de soutenir au moyen des deniers publics une culture qui voit dans les institutions – dont pourtant elle dépend – la source de toutes les aliénations. Quant aux démolisseurs du samedi soir, le problème se trouve davantage dans notre procédure et dans notre droit pénal que sur les serveurs internet des entreprises américaines. Il ne doit plus être admis que des déprédations puissent rester impunies. C’est aussi un problème de volonté politique. La honte de couvrir ces démolisseurs me saisirait si, en tant que représentant des autorités bernoises, je restais les bras ballants. Il y a des coupables, nous devons pouvoir attendre qu’il y ait des juges.
Derrière chaque banc public arraché, derrière chaque arrêt de bus démoli, derrière chaque graffiti bavé, il y a un contribuable qui a renoncé à une partie de son revenu pour financer l’activité de l’Etat. Rien n’est gratuit, c’est simplement payé par quelqu’un d’autre. Qui doit dès lors payer les coûts des actes de vandalisme d’une bande de grands gamins qui confondent message politique et goût du conflit violent?
Les coupables doivent être traduits en justice, payer les dégâts et assumer leurs responsabilités. Si quelque chose doit être fermé après les événements du week-end passé, c’est plus la Reithalle et autres squats, que Facebook.

Commentaires

1 Commentaire

  1. bouhhh les vilains squatters de la reithalle, ousais…


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